Jean-Paul Philippot (RTBF) lors du CIM State of the Union : “Nous devons unir nos forces pour lutter contre le colonialisme qui sévit aujourd’hui dans nos médias”
Lors du CIM State of the Union, organisé en collaboration avec le Conseil de la Publicité, professionnels des médias et annonceurs se sont réunis pour une discussion captivante sur le rôle des médias locaux et les nouveaux contrats de gestion de la VRT et de la RTBF. Qui mieux que les acteurs clés des services publics pour en parler ? Frederik Delaplace (CEO de la VRT) et Jean-Paul Philippot (directeur général de la RTBF) ont évoqué les défis et opportunités pour le paysage médiatique belge.
Services publics : entre continuité et changement
Les nouveaux contrats de gestion suscitent un large consensus positif, mais aussi quelques critiques. Frederik Delaplace explique : “Dans l’ensemble, nous sommes satisfaits du contrat de gestion, car il nous donne l’opportunité de faire évoluer le service public. La grande transformation que nous avons opérée à la VRT, passant d’un grand diffuseur linéaire à un diffuseur multimédia, est également consolidée par cette convention.”
Jean-Paul Philippot nuance cette satisfaction : il souligne que la mission et la vision de la RTBF n’ont pas changé, tout en pointant certains aspects qu’il estime insuffisamment abordés, notamment la protection de l’écosystème local et sa valeur : “Notre écosystème est confronté au colonialisme des grands acteurs internationaux. C’est pourquoi je crois que les médias publics doivent investir activement dans des stratégies commerciales concrètes et des collaborations. Sinon, nous serons éclipsés et ces opportunités disparaîtront progressivement.”
Delaplace insiste sur l’importance de la collaboration dans le contrat de gestion : “Dans le paysage médiatique belge, l’interaction entre des médias publics et privés forts est cruciale. Cette convention fournit une base à cela. En Belgique, nous avons trop souvent l’impression de pouvoir affronter seuls la concurrence internationale, comme si nous étions Astérix et Obélix. C’est une idée fausse.”
Concernant les opportunités commerciales, il ajoute : “Les marges de manœuvre sont limitées par le lobbying, mais le gouvernement flamand reconnaît que nous devons continuer à évoluer pour générer des revenus. Il est essentiel que nous développions collectivement des propositions pour renforcer l’écosystème belge, plutôt que de négocier individuellement avec les politiques.”
Fierté et collaboration comme forces
Au-delà des enjeux commerciaux et stratégiques, la discussion a également porté sur la fierté et la collaboration entre les deux services publics. Jean-Paul Philippot souligne la force de la VRT en termes de reconnaissance et de fierté : “Je pense que la VRT possède un atout majeur dans sa manière de valoriser la fierté : la marque cherche à transmettre des valeurs et une identité aux téléspectateurs. Je crois que le public l’apprécie et peut également en être fier.” Delaplace met en lumière le rôle de la RTBF dans un marché complexe : “Si l’on observe comment la RTBF remplit sa mission dans un marché fortement influencé par des acteurs internationaux, comme la France, on voit que la motivation et l’approche sont cruciales.”
La conversation a ensuite porté sur la collaboration. Bien que des projets existent, leur mise en œuvre reste un défi. Delaplace note : “Les plans existent depuis longtemps, mais leur réalisation n’est pas toujours au rendez-vous. Nous partageons le même bâtiment, mais ce sont deux cultures différentes. Il existe encore une tendance à chercher davantage de collaborations au sein de la frontière linguistique. Cela devrait évoluer.” Philippot confirme cette vision : “Nous devons collaborer. Il y a des barrières, c’est vrai, mais il existe également de nombreuses opportunités autour des données, des logiciels et des plateformes, qui offrent un potentiel considérable pour la coopération.”
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