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Big Tech contre l’Europe : l’IAB Afterwork, tribune d’un débat enflammé et de réflexions stratégiques

Big Tech contre l’Europe : l’IAB Afterwork, tribune d’un débat enflammé et de réflexions stratégiques

Comment préserver la souveraineté de nos médias, de nos technologies et de nos outils dans un paysage numérique dominé par les géants américains et chinois ? Lors de l’IAB Afterwork de mardi dernier, Christian Van Thillo (DPG Media), Thierry Geerts (BECI, ex-Google), Anna Krzyzanowska (Commission européenne) et Valérie Molitor (Boursin) ont croisé le fer verbalement. « La politique de répression ne fonctionne tout simplement pas : une amende de cinq milliards, pour la Big Tech, c’est de la petite monnaie. »

Une bonne centaine de participants issus du secteur des médias et du marketing s’étaient rassemblés au L42, rue de la Loi à Bruxelles, pour voir ces poids lourds de chaque secteur à l’œuvre. Peu d’entre eux l’auront regretté. Personne ne s’est senti tenu de mâcher ses mots, ce qui a donné lieu tant à des confrontations enflammées qu’à des éclairages passionnants. Ceux qui ont manqué cette soirée sont passés à côté des principales réflexions stratégiques sur l’avenir du secteur numérique belge.

Le jeu de pouvoir entre géants

Christian Van Thillo s’en est tout particulièrement pris à l’impunité des grandes plateformes numériques et à l’impact néfaste de la politique américaine. Selon le CEO de DPG, le monde est devenu le théâtre d’un impitoyable jeu de pouvoir entre quelques géants, sans que le président Trump ne leur mette le moindre bâton dans les roues. Certainement pas aux géants de la tech, devenus « too big to fail ». Van Thillo s’est même sincèrement demandé si les États-Unis et l’Europe partageaient encore les mêmes valeurs. Poser la question, c’est y répondre.

L’heure d’un nouveau « moment Airbus » ?

Anna Krzyzanowska, conseillère à la Commission européenne, a quant à elle vigoureusement contesté le vieil adage selon lequel « l’Amérique innove, la Chine copie et l’Europe régule ». Nous sommes toujours en tête en matière de nombre d’entrepreneurs, de brevets et de publications, mais nous peinons à donner à nos bonnes idées l’élan nécessaire et à les porter à grande échelle. Krzyzanowska considère qu’il est grand temps pour l’Europe de vivre un nouveau « moment Airbus » : au lieu que chaque État membre développe son avion dans son coin, il faut coopérer et construire quelque chose qui fasse l’envie du monde entier.

La complexité européenne

Thierry Geerts a surtout dénoncé la complexité de la législation européenne. « Certains règlements comptent jusqu’à 200 pages, auxquelles viennent encore s’ajouter 300 pages d’exceptions et d’explications », a souligné l’ancien directeur de Google. Il a également pointé du doigt les luttes internes entre les États membres européens, qui permettent parfois à des entreprises pesant des milliards de ne pas payer un seul euro d’impôt en Europe. Pour Geerts, ce sont ces aberrations qu’il faut corriger en priorité.

L’objectif de tout dirigeant d’entreprise

Valérie Molitor, enfin, doit, dans cet environnement en mutation rapide, répondre au même impératif que tout dirigeant d’entreprise : assurer la rentabilité de son organisation. Pour rester compétitive, elle estime indispensable de s’appuyer sur la puissance, la force de frappe et l’expertise pointue des grands acteurs technologiques internationaux.

Le débat organisé au L42 a montré que la discussion sur l’indépendance technologique n’est plus une réflexion abstraite réservée à la « bulle européenne », mais le signe d’un combat très concret pour notre survie économique. Plus encore : il marque peut-être même le début de la bataille pour la préservation de nos valeurs démocratiques.

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